Comment survivre aux fêtes de fin d’année lorsque notre enfant est mort ?

sapin de noël, étoile avec ange dedant

Chaque année, elles reviennent inévitablement. Entre angoisse et excitation, les fêtes de fin d’année sont particulièrement éprouvantes pour les parents endeuillés. Mais comment gérer Noël et le jour de l’an lorsque notre enfant est mort ?

La compassion, un soutien décisif

La première année fut sans doute la plus difficiles pour moi. En effet, la Noël se passait en famille : le réveillon avec ma belle famille et le jour de Noël, avec mes parents et frère et sœurs. Les heures (voir jours) précédentes étaient particulièrement tendues : Nous nous disputions sans cesse avec mon mari et je pleurais souvent. Lui, heureux et rassuré d’être entouré, moi avec une seule envie : me terrer dans un trou…

Et oui, pour rendre les choses encore plus compliquées, il est rare d’appréhender les fêtes de la même façon dans un couple, et encore plus s’il est endolori par la mort de son enfant. Les blessures sont ré-ouvertes, la communication est encore plus ardue et les émotions à fleur de peau.

Le 24 décembre au soir, sur le chemin vers le lieu des « festivités », nous avons pris en voiture mes beaux parents. Je ne disais mot, et le visage tourné vers la fenêtre, mes larmes coulaient discrètement sur mes joues. Arrivés sur le parking, ma belle mère m’interroge : « Pourquoi pleures-tu ? » Ce à quoi je réponds « Mon fils me manque ». C’est alors qu’elle fit le geste qui me permis de rester debout ce soir là et de trouver les forces pour affronter cette soirée : En effet et contre toute attente, elle me pris dans ses bras et doucement me dit « je sais, je sais ». La compassion est, je pense, la plus belle manière de soutenir une personne dans des épreuves douloureuses. Elle donne l’appui nécessaire pour surmonter les passages difficiles. Et les parents endeuillés le savent, ils sont nombreux ces passages.

Aussi, cette première année, nous avons été gâtés comme jamais. Tout le monde s’était fait sans doute un point d’honneur à nous faire un cadeau à chacun : à notre fille, mon mari et moi. Comme pour exprimer leur amour et surtout leur attachement, chaque invité nous fit un cadeau. La culpabilité n’était certes pas loin et offrir un présent voulait dire « nous sommes avec vous malgré tout ».

Que ce soit un cadeau, de l’attention, une parole, un geste, tout est bon pour rassurer le parent endolori. Et en tant que maman endeuillée, ces signes de compassion m’aident incontestablement à surmonter les fêtes malgré tout.

Anne-Dauphine Julliand nous témoigne de l’importance de la compassion dans son livre « Consolation ».

Un refuge pour prendre des forces

Malgré cela, le reste de la soirée, je l’ai passé en mode « zombie ». Pas vraiment présente à la fête, je n’ai suivi et participé à aucune des conversations. Lançant tout au plus quelques faux sourires de bienséance par ci par là. Néanmoins, là encore, j’avais une aide précieuse : ma petite fille, âgée de 6 mois, mon alibis de choix. Prétextant, non sans faux, que l’excitation ambiante la rendait nerveuse, j’en profitais pour m’isoler avec elle. C’est ainsi que dans une pièce à part, au calme, je pouvais faire des câlins à loisir à mon bébé, et me retirer régulièrement pour reprendre de l’énergie. J’ai utilisé cette technique plus d’une fois pour le réveillon du nouvel an aussi. Avoir une pièce à l’abris des regards permet de se recentrer, d’évacuer la charge émotionnelle, de reprendre son souffle. Et pourquoi pas, prendre 5 min pour pratiquer la respiration de la cohérence cardiaque qui a de véritables effets positifs sur l’émotionnel.

La sécurité affective, une bulle d’amour inébranlable

Au sein de ma famille, avec mes parents et frangin-e-s, il me semble plus aisé de tomber le masque. Disons que, entourée des miens, je sais qu’il m’est permis de « craquer » sans jugement. Tout le monde sait, pas besoin de s’expliquer : Mes larmes montent, tout va bien; J’ai besoin de m’isoler, tout va bien… Aussi, je me sens plus libre de rester silencieuse et de ne pas sourire, sans risque de déplaire. En sécurité au sein des « miens », je suis plus détendue et plus apte à mieux « profiter » de ce moment de partage que sont les fêtes de fin d’année. Le fait d’être en confiance apaise nos coeurs un peu (beaucoup) surmenés. Les émotions sont plus douces et plus faciles à gérer. Nous pouvons alors éprouver un véritablement plaisir à voir les enfants ouvrir leurs cadeaux avec leurs grands yeux émerveillés: Pas d’animosité envers les enfants, bien au contraire, la joie de les regarder est bien réelle.

Aujourd’hui, mon mari et moi aimons passer une partie des fêtes entre nous : lui, moi, nos deux filles et notre petit ange. Sa bougie est allumée et nous avons toujours une petite prière, un mot pour notre fils à Noël comme au jour de l’an. Ce cocon familiale rempli d’amour permet un réel temps de recueil et de communion. Cette bulle d’amour peut tout à fait être parmi de bons amis.

La sécurité affective est la clef essentielle pour accueillir les fêtes de fin d’année à leur juste valeur : comme des liens d’amour et un espace pour se reconnecter à l’essentiel.

Le témoin de la présence de notre enfant mort

Chaque année, et pour chaque fête du calendrier, nous avons avec nous un « témoin » de la présence de notre fils. Soit une photo que l’on met en évidence dans la pièce où ont lieu les festivités, soit une bougie allumées dans un coin. Cela peut-être n’importe quel objet pourvu qu’il symbolise la présence de notre enfant mort. C’est important, surtout les premières années, de pouvoir matérialiser la place de notre petit. Je crois que cela déculpabilise et laisse la possibilité à la joie, le rire, et la convivialité de nous traverser. C’est comme une condition qui nous donne l’autorisation de prendre du bon temps et du plaisir. Non, nous ne faisons pas la fête sans lui, notre bébé est bien parmi nous. Avec le temps, cet objet témoin devient moins nécessaire car le défunt prend sa place dans notre coeur et nous accompagne partout en paix.

Des fêtes de fin d’année dans la paix, c’est possible même lorsqu’on est un parent endeuillé

La fin d’année est avant tout l’occasion de revenir à l’essentiel. Qu’est-ce qui est important pour moi ? Que représentent ces jours particuliers que sont Noël et le jour de l’an ? Qu’est-ce que je veux vraiment ?

Pas d’obligation de rire, sûrement pas. S’isoler est l’option parfaite si elle est choisie avec le coeur et non avec la peur. L’important, à mon avis, est d’écouter son coeur et de le laisser nous guider pour traverser les jours de fêtes comme nous le souhaitons et comme nous le pouvons.

Profitons de ces « fêtes » pour nous dépouiller du surperflu qui les accompagne trop souvent. Comme les arbres se délaissent de leurs feuilles inutiles en hiver pour ne garder que le strict nécessaire vital, laissons nos bagages accumulés sur le palier : ils sont trop lourds et généralement chargés en émotions négatives. Ne gardons que l’amour : L’amour est l’essence de notre être qui émane de notre coeur et qui nous relie à la vie. Notre âme s’épanouit avec un coeur ouvert où l’amour peut circuler, gardons vraiment cela à l’esprit.

Enfin, nous l’avons vu, l’entourage est d’une grande importance. C’est d’une véritable bulle d’amour que la maman ou le papa endeuillé a besoin ce jour là. Nous pouvons faire notre propre cocon comme nous pouvons faire confiance aux bons amis et à la famille proche.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Lettre d'information

Restons en contact : Recevez les derniers témoignages publiés, les réflexions, les ressources, les prochains évènements programmés et les nouvelles du projet Mon Coeur bat-il encore ?

Nous n’envoyons pas de messages indésirables ! Lisez notre politique de confidentialité pour plus d’informations.

Je souhaite participer au projet

Je souhaite témoigner, participer à une conférence ou à un débat. Je propose des ressources, des outils et moyens que j’ai expérimentés en tant que parent et/ou professionnel. Je désire échanger sur un thème en particulier et partager mes réflexions personnelles.

Merci de votre engagement, je vous contacterai dans les plus brefs délais par téléphone afin d’échanger sur vos souhaits et envies.