Mon coeur bat en toute liberté, égalité et fraternité

des coeurs ensemble survolent les vagues vers le soleil

L’actualité aidant, depuis quelques temps, je m’interroge sur le sens pour moi de ces mots « liberté, égalité, fraternité ». Je les vois gravés sur les écoles, les mairies, les palais de justice, mais au fond, quelle en est la signification pour moi ? Quel sens je donne à ces mots avec l’expérience que j’ai aujourd’hui de la vie ? En tant que mère endeuillée mais avant tout en tant qu’être humain, quelle place dans mon coeur pour la liberté, l’égalité et la fraternité ?

Liberté

Libres dans nos choix, libres dans nos coeurs

Je suis libre de choisir d’aller bien ou pas. Faire son deuil, ce n’est pas si simple et non, ce n’est pas une question de temps. Mon enfant est mort, c’est ma vérité. Je suis entièrement et pour toujours une maman ayant vécu le décès de son fils. Ma vie continue et le deuil n’est pas une étape à franchir, c’est ma condition. Libre à moi de choisir de vivre ma vie telle qu’elle se présente aujourd’hui avec mes propres ressources.

Parfois, je suis dans la grâce et la gratitude : j’aime profondément la vie, je la respecte et je souhaite jouir de chaque instant qu’il m’est offert de vivre. Je me lève le matin avec le sentiment d’être l’heureuse élue comme dirait Nassrine Reza dans son interview : Effectivement, chaque nuit, la vie de milliers de personnes s’arrête, et moi j’ai l’honneur d’ouvrir à nouveau les yeux vers le ciel et le soleil qui m’éblouit ! Alors oui, dans ces moments de conscience et de connexion intense, je plonge dans l’océan de ma vie et nage quelque soit la hauteur des vagues, quelque soit la météo : Je suis en vie. C’est la voie qu’a choisi Armelle Six et qu’elle nous partage généreusement dans son dernier livre « L’audace de vivre ».

Au contraire, il y a des jours où le ciel me tombe sur la tête, mon corps traîne et mes pensées sont lourdes. Libre à moi de pleurer, de pester, d’hurler. Je ne vais pas bien et je ne veux pas le cacher. Cela fait parti de ma vie, de moi, et je laisse s’exprimer toutes mes facettes sans jugement.

Par conséquence, je suis libre d’avancer à mon rythme, de m’arrêter un moment et même de reculer parfois. Pas de règles, pas d’étapes et encore moins un ordre donné pour traverser ma vie. Parfois, des ailes me poussent et j’ai l’impression d’avancer sur mon chemin et mon coeur se réjouit. Mais il sanglote encore de temps en temps et je lui laisse alors le temps de se poser, de se remémorer : je prends soin de moi. Je n’ai pas de but à atteindre. Le deuil n’est pas une épreuve à réussir. Je ne perds pas de points si je m’arrête et encore moins si je regarde en arrière. Ma vie bat au rythme de mon coeur et pas l’inverse.

Egalité

Mam’ange et humaine avant tout

Surtout, traitez moi en égal. Je suis une mam’ange mais surtout une femme, un être humain. J’ai les mêmes aspirations que tout le monde, je partage les mêmes valeurs.

Non, je ne suis ni plus forte, ni plus vulnérable suite à la mort de mon enfant. « Ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort ». Oui, d’une certaine façon, sans aucun doute. En fait, je dirais plutôt que les épreuves nous permettent d’appréhender la vie et ses obstacles différemment. Je ne sais si c’est de la maturité, de la résilience, de la lucidité. Je sais juste que mon coeur bat différemment aujourd’hui et chaque jour, sa mélodie s’enrichit. Néanmoins, consciente de ma fragilité inhérente à ma condition d’humaine, la tristesse et la mélancolie m’accompagnent sur mon chemin de vie. Comme tout à chacun, j’ai donc mes propres ressources qui sont le fruit de mon vécu, mais aussi mes blessures que j’intègre complètement.

Aussi, la vie continue pour moi aussi. Si si, croyez moi. Le quotidien m’occupe et l’actualité me préoccupe. Comme tout le monde, les parents endeuillés doivent gérer les jours et les nuits qui se succèdent avec leur lot de soucis, de décisions à prendre, de problématiques. S’il vous plait, ne nous divisons pas : les parents endeuillés d’un côté, les parents ayant tous leurs enfants à leur côté de l’autre. J’aime aller boire un verre en terrasse et discuter du temps qui passe. Je me préoccupe du rhume de votre petit dernier comme des notes de votre ainée. Je cherche où passer mes prochaines vacances selon les mêmes critères que n’importe qui. Non, être dés-enfanté ne nous différencie pas tant que cela des autres personnes. Nous avons nos peines autant que tout le monde, nous traversons des orages aussi cruels que chacun d’entre nous peut rencontrer dans sa vie. La mort est notre quotidien mais tout être humain y est confronté. Bref, tout cela pour dire nous sommes tous égaux, ne laissons personne de côté sous aucun prétexte.

Fraternité

Tous unis dans les épreuves de la vie

La vie nous réserve à tous des coups durs à encaisser. Quelqu’ils soient, ils sont sources d’évolution à condition de rester unis. A la mort de mon fils, j’ai fermé les portes de mon coeur. Au fil des jours, et surtout de mes rencontres, j’ai compris que mon coeur bâtait et pas que pour moi. C’est une discussion avec Meena Compagnon qui a mise en lumière l’importance des rencontres sur mon chemin en deuil. Et enfin, une séance avec Régine Rennella où j’ai pris conscience de l’importance de faire circuler l’amour qui émanait naturellement de mon coeur. Si cela ne suffisait pas, Catherine Proteau , lors d’une conférence au week-end bien-être organisé par AME, m’a confirmé dernièrement mon devoir de partager mon expérience.

La solidarité est bel et bien un élément inconditionnel de nos vies. Partageons, échangeons, exprimons ensemble nos émotions, nos ressentis, nos expériences. Notre vie en sera d’autant plus riche et notre histoire trouvera son sens. Car oui, quel sens donner à la mort de son enfant si ce n’est pas de nous rapprocher les uns des autres et de nous unir dans les épreuves de la vie sur terre?

Anne-Dauphine Julliand nous parle de fraternité avec justesse et bienveillance dans son dernier livre « Consolation« .

Liberté, Egalité, Fraternité

Des mots qui ont du sens, le sens qu’on leur accorde. Portons ces mots en étendard comme guides de nos coeurs dans les méandres de nos vies.

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