Vivre son deuil ça veut dire quoi ?

Notre enfant décède, nous sommes chaos. A genoux, tenant à peine sous le poids de notre douleur. Et pourtant, le temps ne s’arrête pas, le deuil se fera dans le temps ou pas.

Le premier pas de toute une vie

Le processus de deuil commence au premier pas et se poursuit une vie entière. Le deuil n’est pas une leçon à apprendre par coeur pour la réciter ensuite à ceux qui sont touchés également. Le deuil fait partie intégrante de la traversée que nous devons oser faire. C’est notre histoire. La mort de notre enfant est inscrite dans notre vie et nous pouvons l’intégrer. C’est ce à quoi aspire la notion de « faire son deuil ».

Un début douloureux

Le deuil, s’il est si lourd et douloureux dans ses débuts alors que la vie nous l’impose, peut s’attendrir et s’assouplir avec le temps. Il y aura toujours des vagues et parfois des tsunamis qui nous submergeront sans prévenir. Mais nous pourrons naviguer sur cet océan qu’est notre vie à condition de nous mettre en mouvement. La vie est mouvement. Elle est dure avec l’immobilité. Je ne dis pas qu’il faut être dans l’action à tout prix, dans le faire. Oh ça non, bien loin de moi cette idée là. Vivre nécessite parfois et même souvent de prendre des pauses, d’observer, d’accueillir tout simplement ce qui vient à nous. Je ressens de la peine ? Alors je pleure. L’immobilisme reviendrait à refouler mes larmes, ne les autorisant pas à couler. C’est dans ce sens qu’être immobile est douloureux, et c’est pour cela qu’être en mouvement permet d’adoucir notre peine. On dit souvent « le temps apaise la douleur »; je crois que c’est surtout le chemin sur lequel nous nous engageons qui est salvateur. Peu importe celui que nous choisirons ni le temps qu’il nous faut, pourvu que nous nous mettons en marche.

Des étapes obligatoires ?

Les étapes du deuil sont communément acceptées comme le « choc, le dénie, la dépression, le chantage, la rébellion, l’acceptation, l’intégration » (cf Kubler Ross). Elles ne sont pas appelées « étapes » pour rien. Comme un pèlerinage initiatique, celui du deuil est un cheminement à la fois intérieur et extérieur où les interactions sont cruciales. 

Les étapes se passeront non sans heurt pour la plupart et au travers de rencontres toujours. Le deuil n’est pas un chemin solitaire, il a besoin de soutien. Le pèlerin du deuil reconnaîtra sur sa route les personnes, les livres, les indices … qui rentreront en résonance avec son vécu. La magie de la transformation se déroulera alors en conscience. 

Nous franchissons les étapes lorsque nous sommes prêts, telle la chrysalide qui se mue en papillon. Donnons nous le temps, accordons nous d’hésiter, et de repasser une étape qu’on pensait franchie quand elle se présente à nouveau. Le deuil s’opère à notre rythme mais il s’intègre complètement ou pas. Jamais nous ne rebroussons chemin, mais parfois, nous avons besoin d’accueillir à nouveau nos émotions, nos pensées, notre histoire encore et encore afin de mieux les intégrer. Faire son deuil n’a pas vocation à nous rendre nostalgie d’un passé si doux, nous complaisant dans notre souffrance, et encore moins nous laisser dans un espace temps bloqué par la douleur. Au contraire, accueillir notre souffrance, notre tristesse, notre désarrois, nous permet de mieux nous en détacher et une fois exprimés, de les laisser s’évanouir.

Vivre son deuil, une histoire de temps

Vivre son deuil demande du temps. Il y a quelques décennies, nous portions le deuil pendant un an. Aujourd’hui , la société nous octroie 5 jours d’arrêt maladie … … Mais le deuil ne se calcule pas, il n’est pas mesurable. A l’instar de ses étapes qui se déroulent dans l’ordre qu’elles le peuvent et aussi souvent que nous en avons besoin, le deuil se vit au plus profond de soi et non pas sur un calendrier.

Le plus dur dans mon vécu du deuil n’a justement pas été la première année. Si alors, je me sentais autorisée à vivre mes émotions les plus sombres, il n’en était de rien après le 1er anniversaire de la mort de mon fils. Personne dans mon entourage m’a dit que cela suffisait, que mes larmes devaient cesser. Mais comme d’un accord insidieux, j’ai senti que je devais refouler à tout prix mes moments de spleen et ne laisser place qu’aux sourires. D’autant que j’entendais « comme elle s’en remet vite et bien. Quel courage, quel force ». Comment donc décevoir mon entourage et finalement laisser paraître ma vulnérabilité toujours présente fasse à la vie et à la mort de mon enfant? Peu expressive par nature, et c’est une chance finalement dans cette société qui ne supporte pas la « faiblesse » et encore moins la douleur. J’ai un beau jour, décidé de laisser couler mes larmes et de les accueillir aussi longtemps et aussi souvent qu’elles monteront à mes yeux. Après tout, si je suis seule sur mon chemin de vie, je peux vivre mon deuil comme je le souhaite et comme je le peux. Je n’ai pas envie de pleurer mais je le dois pour ma survie.

Entre grâce et désespoir

Dans un groupe de paroles de parents endeuillés, certains avaient l’impression d’être sur des montagnes russes. Pire, que leur chemin ressemblait à un circuit fermé de douleurs et de fausses espérances. Je n’ai jamais eu ce regard là sur mon parcours de deuil. Certes, la douleur revient à la surface régulièrement et je ne cherche même plus aujourd’hui à m’en éloigner. Je crois être toujours sur un chemin ascendant ou tout du moins différent avec un vécu plus élargi. Les obstacles en fond partis à l’instar des moments de grâce. Oui, oui, je dis bien « moments de grâce ». L’essentiel à mes yeux est de m’autoriser à les vivre, à accueillir mes larmes autant que mes rires. Mes rires seraient étouffés par mes larmes si je laisser pas couler ces dernières.

Faire son deuil c’est s’accueillir soi

Vivre le deuil, c’est accepter nos émotions qu’elles soient douloureuses ou qu’elles soient pleines de joies. Vivre le deuil c’est être attentif à la vie en nous autant qu’à celle qui nous entoure. Vivre le deuil c’est percevoir la lumière qui émane de notre coeur et reconnaître les cicatrices qui sont en nous.

« Le deuil n’est pas un souvenir ni une maladie. C’est une souffrance avec laquelle on apprend petit à petit à vivre. Le deuil, comme toute épreuve, ne se réussit ni ne se soigne. il se vit. Et vivre la peine, c’est la seule façon d’être aussi capable de vivre la joie. »

Anne Dauphine Julliand dans Consolation

Vivre son deuil c’est aimer la vie

Finalement, faire son deuil est une histoire d’amour. Apprendre à s’aimer malgré nos cicatrices, aussi profondes et douloureuses soient-elles. Apprendre à aimer la vie avec sa charge émotionnelle dans sa globalité. Faire son deuil s’est apprendre à vivre la vie qui est en soi.

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