Y a-t-il une vie après la mort de mon enfant ?

Horizon flou avec le soleil qui se couche et un personnage

« La vie après la vie » d’après Raymond Moody, tout le monde connait ou presque. C’est devenu une vérité pour la plupart d’entre nous : oui la mort n’est pas le bout du chemin. C’est sûr.

Mais vivre après la mort de mon enfant ? Cela est beaucoup moins évident.

La vie après la mort de mon enfant.

Où le deuil d’après Elisabeth Kübler-Ross

Je suis morte en même temps que mon fils.

Tout est fini ! La mort de mon enfant vient d’être prononcée par le docteur. Son signe négatif de la tête ne trompe pas ! Son stéthoscope le confirme. C’est sans appel. J’observe le corps de mon fils sans vie. La vie l’a quitté et la mienne se dérobe. Papa pleure, il a déjà compris. Il est fort papa. Moi, je suis transie d’effroi.

Non, il n’y a plus rien, absolument plus rien qui me retienne ici. Que la mort vienne me prendre et si possible qu’elle renvoie mon ange sur terre. C’est moi qui doit partir pas mon fils. Il a toute la vie devant lui et la mienne me fait si peur aujourd’hui. C’est sûr, ma vie est derrière moi, derrière nous : puisque le nous n’existe plus, le moi non plus.

Ma vie n’a aucun goût, et puis elle me dégoûte.

Laissez moi donc tranquille. Dans mes souvenirs amers, je veux me terrer. Comme des piques de rappel, ils blessent sans cesse mon coeur. Témoins de ma douleur que je souhaite vomir au monde entier. Chaque matin, j’ouvre un oeil, le deuxième ne veut plus y croire. Le soleil est de mèche avec le diable puisqu’il se lève au dessus de ma tête. Pourquoi donc m’infliger cela ? Comme un zombi, je pense finir mes jours, sans vie et pourtant là. Je suis las, ma vie, la vie n’a plus aucun intérêt. Elle est fade, elle est moche et elle me fait mal.

La vie après la mort de mon enfant n’a plus de sens

Avant, je me levais le matin aux côtés de mon fils. Mon coeur battait fort pour lui. Sans me poser de question, je m’élançais gaiement jours et nuits, savourant chaque minute passée avec lui. Toute ma vie tournait autour de mon enfant chéri avec qui je me sentais la force de déplacer des montagnes. Il était malade et rechutait toujours malgré l’arsenal de la médecine. Cela faisait un bon moment que l’épée de Damoclès ne quittait pas ma chère tête blonde. Mais ma vie avait un sens : J’accompagnait mon fils. Survivre à mon ange était une option que je ne voulais pas envisager mais dont j’étais bien consciente. Et voilà qu’il est mort, pour de vrai, et je reste plantée là, ma boussole envolée. J’ai beau regarder à droite et à gauche, je ne vois rien qui vaille la peine d’être vécu sans lui. Alors je me traîne dans le passé, des fois que cela m’aide à mieux passer le temps. Mon GPS est HS et je n’ai pas appris à naviguer à vue. On nous a toujours dit : « faîtes des plans », « choisissez votre voie », « écrivez votre destin ». Mon parcours semble s’arrêter là. Je suis perdue.

Ma vie est brisée à jamais

De toute façon, je suis cassée. Tout le monde le dit : Perdre son enfant, c’est perdre une partie de soi. C’est le pire du pire qu’il puisse arriver à des parents. C’est une épreuve impossible. C’est vrai ! Il me manque l’essentiel et avec moi, c’est tout ou rien. Ma vie est boiteuse maintenant, laborieuse et si fatigante. Quoique je fasse, j’ai mal. Où que j’aille, tout me ramène à ma douleur. Est-ce là ma croix ? Mon supplice durera-t-il infiniment ?

Parfois, furtivement, un de mes proches, un ami, une rencontre me fait faire un pas. Tout petit, mal assuré, mais un pas… J’avance peu à peu à tâtons, tremblante : Le moindre faux pas et je sombre, c’est sûr. Vraiment ? Il en faut bien du courage lorsqu’on est amputée et que notre plaie est à vif, croyez moi.

Bienvenue en quarantaine

Mea culpa, oui j’avoue, je suis démasquée : Je suis la maman à l’enfant mort ! La mort d’un enfant est un tel tabou en occident que bien souvent, le silence s’installe et le vide se fait autour des parents endeuillés. Le décès d’un enfant ce n’est pas normal, je suis d’accord. Alors, les gens s’éloignent et la société fait comme si de rien n’était : « circulez, y a rien à voir » ! D’ailleurs les allocations familiales me réclament de suite des sommes versées indues puisque plus d’enfant… Je souhaite tant hurler ton nom à qui osera tendre l’oreille. J’ai besoin de parler de toi pour te faire vivre à travers moi mais l’auditoire n’y veut rien entendre. Je voudrais pleurer sur une épaule compatissante mais seules les miennes sont à proximité. Moi, j’aimerais fuir mais je ne sais même pas où aller. J’aimerais me faire minuscule et disparaître mais mon coeur bat encore … Aurait-il quelque chose à me dire ? Seule, je tends l’oreille. Mon chemin commence dans l’intimité de mes nuits. Mon voyage est solitaire. Observer ce qui se passe en moi, épier la vie autour de moi. Tel est le prix de ma rédemption.

Le temps des pleurs est venu

Le temps fait son travail. Après le déni et la colère, se manifeste la tristesse. Mes larmes coulent depuis le début de ma vie de mort vivante mais là, c’est différent. Si jusqu’ici, tant bien que mal, je les retenais en moi, aujourd’hui je ne veux plus. Je ne peux plus. Mon coeur se noie et l’envie de vivre semble toujours là. J’ouvre les vannes, il semble qu’un tout petit espoir est caché au fond de mon âme. Et ma tristesse se révèle enfin, telle un torrent d’abord et puis une douce rivière ensuite. Ce mal être ne me quitte plus. C’est long, très long, le temps semble s’être arrêté. Néanmoins, je laisse mon spleen m’accompagner tant qu’il le souhaitera. Comme un vieil ami. Plus question de le refouler. Parfois, cela est bon, cela me soulage de pleurer. La moindre occasion et mes larmes coulent : une musique, un film, une phrase, un événement, une anecdote. Et je lâche prise… Je perçois même un rire dans une larme…

La vie continue malgré le décès de mon enfant

Et la vie continue malgré la mort de mon enfant

Les jours, les mois, les années passent, et mon coeur bat toujours. Il est vaillant mon coeur. Il est coriace. Il a décidé de battre coûte que coûte. Ok, alors, je fais quoi maintenant ? La terre tourne toujours, c’est un fait. J’ai bien essayé de m'(en)terrer mais rien n’y fait : J’ai toujours un oeil qui regarde au dehors ! Toujours une étincelle qui brille dans le ventre. Pire, toujours quelqu’un pour me tirer de mon trou. Et si j’osais ? Et si je revenais dans la danse ? Dans le tourbillon de la vie comme le dit la chanson. Différente et avec un oeil nouveau, plus aiguisé, plus averti, plus lumineux ? Je le sais bien que la vie est belle et qu’elle en vaut la peine. Je le vois bien que tout est beauté. Je le sens bien que c’est pour mon bien. Mes veines frissonnent, mon nez frétille, mes jambes me démangent, je me lance…

Ma vie suite au départ de mon fils, si je le veux !

Bienvenue dans ma nouvelle vie

Alors je ne suis pas la pestiférée que je pensais être devenue suite au décès de mon fils ? Serais-ce moi qui, volontairement ou par nécessité, me suis mise de côté un temps ? Le temps de digérer, le temps d’expier, le temps de me résigner et d’accepter la mort de mon enfant. Le monde vibre toujours, il est là, il me tend les bras. Et j’aime tout ce qui vit, tout ce qui résonne : les rires, les joies, les petits et grands bonheurs. Le monde du partage, de la découverte, de l’apprentissage s’offre à moi. J’expérimente la pleine vie en toute conscience. Ou plutôt, je m’aperçois qu’au lieu de perdre le goût de la vie, je lui ai trouvé nouvelle saveur, plus rayonnante, plus lumineuse, plus vivante, grâce à mon fils et notre amour. Tout n’est que beauté ! Tout n’est que miracle ! La vie est précieuse. « La vie ne vaut rien mais rien ne vaut la vie. » nous dit André Malraux.

Vivre est donc possible après la mort de mon enfant ?

Oui, il y a une vie après la mort de mon enfant. Oui, c’est possible. Oui, c’est difficile. Mais comme l’a si bien dit Sénèque « La vie, ce n’est pas d’attendre que l’orage passe, c’est d’apprendre à danser sous la pluie. »

Les témoignages affluent dans ce sens, et notamment le film « Et je choisis de vivre » dont le titre nous a déjà tout dit ou presque.

Rien ne ramènera mon fils, et rien n’effacera ma profonde cicatrice. La vie n’est pas un long fleuve tranquille et c’est bien pour cela qu’on l’aime aussi, qu’on se l’avoue. Le bonheur, ça se cultive, inlassablement, courageusement, fièrement : Et les fruits de la joie se récoltent. Avec le temps, j’apprends à laisser s’exprimer mes émotions, à les apprivoiser aussi. J’apprends à accepter chaque présent qui m’est offert de vivre. Je reconnais la beauté du monde, de la nature, du vivant. Et surtout, j’apprivoise l’absence, son absence.

La vie est amour si j’ose emprunter son chemin

Scott Peck nous témoigne des leçons fondamentales de l’existence dans « Le chemin le moins fréquenté » et je partage sa position : « Si nous souffrons autant, le problème n’est pas lié à la difficulté de la vie mais au fait que nous croyons qu’elle devrait être facile ».

Aussi et surtout, je prends soin de mon coeur , lui qui ne m’a jamais quitté, ne serait-ce dans les moments les plus sombres : ses battements solidaires ont toujours été présents. Mon coeur m’a toujours guidé et encore plus aujourd’hui. Comment ? En aimant ! Donner de l’amour aux personnes qui me sont chères ! Prendre soin de moi et honorer la vie dans tous ces états. Remercier le soleil qui se lève encore une fois. Savoir recevoir l’amour qui m’est offert. Aimer coûte que coûte.

Faire circuler l’amour, c’est vivre intensément et profiter de chaque instant.

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